Connu
? Jusqu'au XVII ième siècle, l'affaire ne fait pas
débat. Les récits des évangiles, que personne ne songerait à remettre en cause,
sont pris au pied de la lettre. Né à Bethléem d'une vierge, Jésus est
mort à 33 ans pour expier nos fautes. Entre autres prodiges, il a marché sur
l'eau. Mis en croix, il ressuscita et vécut quarante jours parmi les siens.
Fils unique de Dieu il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les
morts. Aux méchants, il réservera "la Géhenne" le feu éternel.
Les
choses se gâtent au XVIII ième siècle, avec l'irruption
d'une bande d'empêcheurs d'adorer en rond : les philosophes des Lumières. Tous,
à l'instar de Voltaire, Kant ou Humes, croient fermement en Dieu, mais un Dieu
lointain qui ne se mêle pas des affaires humaines. Ils ont le plus grand
respect pour Jésus, homme de bien, mais homme seulement.
Le
feu couve. Le brasier s'enflamme vers 1850. Il ne s'éteindra qu'au début de
notre siècle, ayant dévoré bien des croyances erronées. Durant un siècle et
demi, des chercheurs chrétiens (majoritairement protestants) et des agnostiques
vont étudier de près le Nouveau Testament, dont l'Évangile constitue le cœur.
Mais ils utilisent l'instrument de la raison critique, sans s'arrêter aux
dogmes et doctrines. Et ce qu'ils découvrent bouleverse les certitudes. À
commencer par ceci : l'Évangile n'est pas parole d'Évangile ! Ses quatre
auteurs n'ont pas fait œuvre de biographes ; ils se sont appliqués à
transmettre un message. Les faits et les propos rapportés – réels, déformés ou
inventés – ont pour intérêt premier de restituer une signification. Le
récit vaut par sa puissance de suggestion.
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En d'autres termes, durant près de deux millénaires nous avons pris pour argent
comptant des récits à valeur souvent allégoriques. En voici un exemple :
lorsqu'expire Jésus, les évangiles rapportent que "Le voile du
Temple se déchira en deux" Mt 27, 51 ; Mc 15, 38 ; Lc 23, 45.
Lourde tenture haute de vingt mètres qui séparait les fidèles du "Saint
des Saints" présence réelle de Dieu sur terre, le voile du Temple n'eut
pas même un tressaillement ; mais l'image illustre ce fait que
l'enseignement de Jésus abolit la distance entre un Dieu inaccessible et les
hommes. "Son" Dieu est proche et nous aime.
Ces
cent cinquante ans de recherche ( Appelée "Critique historique" du
Nouveau Testament ) révèlent un Jésus enfin crédible, et projettent un jour
nouveau, plus dense, plus concret, sur son enseignement. Ainsi apparaît-il par
exemple que tous les faits ( Hormis le mystère de la Résurrection ) énoncés
plus haut sont, stricto sensu… faux ! Ou plus précisément, ils servent un
message symbolique bien davantage qu'une relation historique.
Sans
avancer plus loin dans les détails de ces recherches, précisons qu'elles
s'appuient notamment sur des "critères". Comme le critère de
discontinuité : lorsqu'un enseignement n'a de racine ni dans le judaïsme
d'alors, ni dans la religion chrétienne, il vient probablement de Jésus. Un bon
exemple est son refus du jeune pour ses disciples. Autre critère, celui
d'embarras : il est gênant de voir le doux et pacifique Jésus maltraiter les
marchands du Temple. Si le fait est rapporté, Il doit être vrai. Il faudra
se souvenir de ce critère au moment d'évoquer un certain coq…
Les
pages suivantes s'appuient essentiellement sur les analyses de ces
chercheurs. Elles congédient bien des croyances illusoires.
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